Formation : la réponse de Philippe Poutou au courrier de SUD FPA

Réponse à Sud FPA Solidaires

Bonsoir, J'ai pris connaissance de votre courrier et des revendications que vous portez concernant la formation professionnelle. Je les partage entièrement. Et je suis effectivement pour l’abrogation des lois de décentralisation de la formation professionnelle et le retour à l’entière responsabilité de l’Etat dans cette compétence essentielle et dans son financement. Je me prononce également pour l'arrêt de toute subvention au secteur privé, aux entreprises, aux lycées privés, à la formation professionnelle contrôlée par le patronat, et également pour la récupération des fonds publics versés aux entreprises qui ont licencié.

Aujourd’hui, le patronat et les gouvernements successifs, qu'ils soient de droite ou socialistes parlent d'« employabilité »... L’employabilité n’est pas un concept scientifique, c’est le point d’arrivée d’une construction idéologique entamée par le néolibéralisme à la fin du siècle dernier. Pour les tenants de cette nouvelle orthodoxie, c’est à chaque individu d’entretenir sa propre employabilité, à chacun d’être entrepreneur de son parcours professionnel sur un marché du travail définitivement instable. L’employabilité est donc cet attribut personnel que le nouveau « sujet entrepreneurial » doit s’efforcer d’auto-entretenir par le recours à la formation professionnelle.

C’est lors de son congrès de Deauville en 1998 que le Medef met pour la première fois en avant la « logique compétence ». Pour lui, il faut en finir avec la démarche de savoirs acquis par les individus au cours d’années de formation sanctionnés par un diplôme validant une qualification professionnelle reconnue dans les conventions collectives. À ce cadre collectif qui garantissait un emploi – et une rémunération – correspondant au niveau de qualification atteint, le patronat est parvenu à imposer un système dans lequel ne comptent que les « compétences » dont celui-ci a besoin et qu’il est seul à pouvoir énoncer et évaluer. C’est ce système de marché dérégulé qui s’est imposé aujourd’hui.

Par delà les larmes de crocodiles versés du côté patronal et les illusions véhiculées du côté de certains syndicats de salariés, nous considérons que cet « échec » (de la formation professionnelle) n’en est pas un. Car si il y a bien cet impératif de se former (pour assurer encore une fois sa propre employabilité), la réalité du marché du travail, c’est-à-dire le chômage structurel, fait que le patronat dispose d’un excédent permanent de demandeurs d’emploi prêts à occuper des emplois à n’importe quelles conditions. Donc l’impératif de la formation n’est qu’un leurre qui sert à rendre le salarié responsable de son incapacité à accéder à l’emploi et à disculper le capitalisme du chômage de masse qu’il produit.

Pour finir, je pense partager avec vous la nécessité de se battre collectivement pour imposer au patronat et au futur gouvernement l'ensemble des revendications que vous portez et que je partage.

Salutations militantes et fraternelles.

Philippe Poutou

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